10 mai 2018

Article tiré de La Tribune, mercredi 9 mai 2018, page 13

L’école de la deuxième chance

 

Ils ont quitté l’école sans avoir obtenu de diplôme
pour toutes sortes de raisons qui leur appartiennent.
Certains pour avoir fait face à des difficultés d’apprentissage
trop grandes pour espérer s’en sortir. D’autres,
parce qu’ils accumulaient des échecs cuisants et des
retards impossibles à rattraper, ce qui a fragilisé leur
trop faible estime d’eux-mêmes. D’autres encore, pour
des raisons de santé, de développement plus lent,
d’accidents de parcours qui auront nui à leur cheminement
académique…Chacun arrive avec son histoire
dans ces écoles de la deuxième chance.


Ils ont en commun de ne pas avoir de diplôme en
poche, d’avoir des connaissances minimales des
matières obligatoires exigées pour l’obtention de leur
attestation de secondaire réussi et, pour certains, ils
portent en eux le projet très concret d’améliorer leur
sort sur le marché du travail, une fois leur formation
complétée. « Quand on entre en formation de base, il
faut absolument avoir un projet en tête, lance d’entrée
de jeu Éric Malenfant, enseignant au Centre Saint-Michel.
Parce que si on n’a pas de projet, on ne fera pas
long feu ici. On va se décourager devant l’ampleur de
la tâche à accomplir et on va partir. Il faut donc accompagner
les étudiants dans l’identification d’un objectif
à atteindre dès le départ… »


De nos jours, il est évident que la capacité de comprendre
et de traiter l’information, sous forme imprimée
ou électronique, est essentielle pour pouvoir
participer pleinement à la vie en société. Et il en va de
même dans les milieux de travail. En ne sachant à peu
près ni lire, ni écrire ou compter, comme c’est souvent
le cas pour les étudiants en formation de base, c’est un
défi énorme, surtout si on ne sait pas pourquoi on le
fait.


« Quand j’accueille un nouveau groupe d’étudiants en
début de parcours, je les félicite toujours d’être là, de
s’être offert ce cadeau qui leur permettra d’atteindre
éventuellement leur objectif d’occuper un emploi
qui les stimulera bien plus que ce qu’ils ont pu faire
jusqu’ici, ajoute l’enseignant. Ça leur prend beaucoup
de courage pour être là. »


L’éducation des adultes en littératie (savoir lire et
écrire) et en numératie (savoir dénombrer), et la formation
continue qui peut s’en suivre, constituent une
des plus importantes réponses à certains des plus
grands défis sociétaux actuels comme la rareté de
main-d’oeuvre. L’avènement de l’économie du savoir,
les changements technologiques et les mutations du
travail sont autant d’éléments incitant les individus
à actualiser leurs connaissances et à améliorer leurs
compétences afin d’assurer leur pleine participation
à la société et de demeurer compétitifs sur le marché
du travail. En investissant dans la formation de base,
tout le monde y trouve son compte : apprenants, formateurs,
employeurs.


« Ici, la formation de base ne ressemble en rien au
modèle que l’on connaît dans les écoles secondaires.
Tout le monde est différent et le niveau d’acceptation
de la différence est très élevé. Nous formons de
petits groupes où chacun avance à son rythme et où
les apprentissages sont très personnalisés. L’enseignement,
c’est d’abord le lien qui se crée entre l’élève et
son maître, de poursuivre monsieur Malenfant. Si le
lien affectif est fort, n’importe quelle matière pourra
être enseignée et comprise. Tout passe d’abord par un
solide lien de confiance. »


Tout le monde ne devient pas médecin, avocat, dentiste
ou ingénieur, après avoir suivi une formation de
base, on le sait, mais tout le monde peut trouver la voie
qui lui convient le mieux. La beauté de la formation de
base chez l’adulte, c’est qu’elle ne mène pas nécessairement
vers un diplôme, même si c’est l’option souhaitée,
mais elle ouvre, pour l’apprenant, de nombreux
chemins vers une réinsertion sociale ou professionnelle.
« Ce n’est pas parce que tu es en marge de ce
que la société évalue être le parcours parfait, que tu ne
peux pas réussir ton parcours à toi, en venant chercher
ce qui te manque pour y parvenir », de résumer monsieur
Malenfant.