18 juin 2018

Article tiré de La Tribune, lundi 18 juin 2018, page 5

par MÉLANIE NOËL, La Tribune


 « Nous sommes toujours meilleurs que ce que nous croyons », peut-on lire sur l’avant-bras de Franco Charest. Le Sherbrookois de 27 ans s’est offert ce tatouage lorsqu’il a officiellement obtenu son premier emploi en février. Le 2 février, se souvient-il. Pour son développement exceptionnel, le nouvel employé de Défi Polyteck recevait récemment le prix Roger Pedneault, une reconnaissance octroyée aux personnes handicapées qui se sont distinguées dans leur parcours d’intégration au travail en entreprise adaptée.

Atteint du syndrome X-Fragile, Franco Charest a été engagé en début d’année après deux ans de stage. Andrée Bernard, responsable du plateau de développement des compétences chez Défi Polyteck, se souvient de leur première rencontre. 
« Il était un garçon paralysé par la timidité et incapable de se présenter ou de dire son nom. Son père l’a convaincu de faire un essai avec nous. Au départ, ses graves difficultés d’apprentissage, le stress et l’anxiété faisaient en sorte qu’il n’osait pas s’exprimer, demander de l’aide ou même communiquer avec ses collègues », explique Mme Bernard.
Franco Charest avait des craintes justifiées par son expérience passée.

« Mon fils ne sait pas lire, écrire, ni compter. Il avait de la difficulté à trouver sa place puisqu’il ne cadrait dans aucune case dans notre système scolaire et professionnel. Ses seuls contacts sociaux étaient avec les membres de sa famille immédiate, c’est-à-dire ses parents et sa sœur », raconte le père de Franco, Alain Charest.

« Plusieurs tentatives pour l’insérer en stage et en emploi avaient été tentées, mais elles s’étaient toutes soldées par un échec. En tant que parents, nous avons vécu une période de découragement face à l’avenir qui attendait notre fils. La perspective de l’aide sociale devenait progressivement la seule option envisageable », poursuit le père de famille qui se souvient du stress de son fils lorsqu’il a mis les pieds pour la première fois chez son employeur.

« Andrée lui a donné sa chance et l’a accepté avec ses forces et ses limites, lui permettant de vivre des réussites au quotidien et de faire des apprentissages à son rythme. Aujourd’hui, mon fils a des amis, un réseau social à l’extérieur de chez Défi Polyteck, il prend l’autobus de ville régulièment, ce qui lui permet d’être autonome dans ses déplacements. Il se sent valorisé, accepté comme il est. Son travail est tellement important pour lui que même pendant sa semaine de relâche où il devait être en congé, il a préféré aller travailler plutôt que de rester à la maison », confie Alain Charest.
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« Tout le monde a braillé quand j’ai reçu le prix. » — Franco Charest
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Tu voulais voir tes amis ou te rendre utile, demande-t-on à Franco Charest à propos de cette semaine de congé rejetée.

« Être utile, je veux être utile », répond le principal intéressé.

Le prix Roger-Pedneault est le premier prix que Franco Charest reçoit. Son sourire en dit long sur sa fierté. « Franco est transformé. Je l’entends dans ses pas lorsqu’il marche. Aujourd’hui, il est fier, il a de l’estime et il est heureux. Et son rayonnement a un impact sur toute la famille », souligne sa mère, Sonia Leblanc.

« La vie est belle », confirme Franco Charest qui travaille maintenant 40 h par semaine.

Franco Charest est une des cinq personnes qui ont été récompensées lors d’une soirée organisée par le Conseil québécois des entreprises adaptées, qui représente 41 entreprises et 3800 employés.

« Tout le monde a braillé quand j’ai reçu le prix », souligne Franco Charest encore ému.

« La clé pour Franco a été de nous faire confiance. Aujourd’hui, il est un modèle d’intégration apprécié de tous. Il est passé d’un garçon refermé à un homme épanoui. Il a un parcours exceptionnel qui démontre bien le potentiel parfois caché des personnes ayant de grandes limitations », conclut Mme Bernard.

Franco Charest le sait maintenant. Il a même un tatouage pour se rappeler sa grande valeur.