Cancer du nombril

Un thème : l’égoïsme. Des « MONDES » : neuf nouvelles qui nous introduisent dans l’univers intime de personnages jeunes et moins jeunes; des textes qui se complètent mais s’interrogent et se répondent, comme autant de pièces d’un casse-tête mouvant, pour former un univers fort original où s’immiscent… des nains. Nain de sable; nain de jardin; farfadet; nain-démon; humain de petite taille s’invitent dans un lieu fascinant qui se construit par touches tantôt réalistes tantôt oniriques, au fil des histoires : les îles des Neiges Blanches. Dès la première page, vous embarquerez sur un traversier nommé le Céphise et, bientôt, vous déambulerez sur le boulevard d’Argos où l’on vous invitera dans le Bistro Vamana, la chapelle Saint-Innocent et le Dépanneur des îles des Neiges Blanches… mais restez vigilants. Car des nains, il y en a partout.

À seize ans, Jérémie Gagnon complète ici son deuxième tour de piste avec Sors de ta bulle! et, par deux fois en autant d’années de participation, il a été parmi les finalistes du concours. En 2011-2012, le jury du concours littéraire Sors de ta bulle! a souligné qu’on entendait ici une véritable voix littéraire – et c’est particulièrement impressionnant à un si jeune âge.

« Avant de quitter les îles des Neiges Blanches, j’étais allé faire un dernier tour sur la Plage du Bout du banc, question de renifler une ultime fois l’odeur particulière de l’écume dans laquelle baignait l’archipel. De la mousse s’était entassée çà et là, contre les dunes. Quelquefois, des grappes d’écume partaient au bras du vent; un vent qui s’était fait beau, qui s’était parfumé de sel et d’algues, qui s’était fait chaleureux. Il soufflait sa musique, comme on soufflerait dans une flûte de pan.

Un peu pour me consoler, croyais-je alors. »

Perle

« - Enfin revenue dans ma classe. Une cinquantaine d’yeux globuleux m’observent tandis que je m’installe à ma place. Pour tenter de les oublier, j’écoute le babillage de la Pieuvre. Ses mots s’enfuient, disparaissent sous mes yeux grâce à leurs ailes d’or qui battent rapidement.

J’en attrape quelques-uns et les mets à l’abri dans mon cahier de notes. Ils sont si gentils, si sages entre mes mains. Des petits papillons qui s’accrochent à moi.

Des bulles, un peu partout dans la classe, essaient de rejoindre la surface. Des minuscules perles d’air. Je pourrais en faire des colliers. »

Pour Sofia, le monde est un zoo. Une chance qu’il y a Samuel, un capucin qui aime bien jouer avec la lumière et qui tente de la protéger des autres élèves de l’école et des adultes malveillants qui l’entourent. Car le prof de français est une pieuvre, sa psychiatre, une dangereuse girafe, et sa mère, une vipère. Sans parler de Josianne, cette hyène qui la juge…

Le roman Perle vous surprendra sans doute. Sadrina Brochu y traite, entre autres, d’un thème audacieux : le harcèlement. Samuel, Josianne et Sofia prennent la parole, tour à tour. Leurs destins s’entrecroisent d’abord à l’école, puis dans un hôpital. Ils se questionnent sur l’amour, sur l’amitié, sur le monde adulte. Les membres du jury du concours littéraire Sors de ta bulle! ont souligné l’alternance très habile des voix narratives, la grande maîtrise du dialogue toujours placé au service de l’action, ainsi que l’originalité de la vision du monde proposée dans ce roman.

Gagnante du 1er prix au concours littéraire mis de l’avant par la Commission scolaire de la Région-de-Sherbrooke, Sadrina Brochu, âgée d’à peine seize ans, termine actuellement ses études secondaires à l’école Montcalm. En plus de ses études et de sa passion nouvelle pour l’écriture, Sadrina est directrice adjointe aux activités parascolaires de son école. Elle rêve, plus tard, d’écrire et d’ouvrir son propre commerce.

Moi aussi

Dans le roman Moi aussi, de confidence en confidence, Allen Delastre nous invite à entrer dans son univers : celui d’un collégien qui gravite dans le milieu des galeries d’art, à qui tout semble réussir –particulièrement les conquêtes féminines – mais qui n’assume pas son homosexualité latente. Enfin… pas encore. Des triangles amoureux s’esquissent, les ruptures et les retrouvailles avec son amant Anthony se succèdent puis, de rendez- vous en rendez-vous et de courriel en courriel, la brume se dissipe. Allen consentira-t-il à répondre « Moi aussi » au « Je t’aime » d’Anthony?

À dix-sept ans, Jessika Poirier est déjà habitée. Des personnages la visitent régulièrement, se faufilent en elle pour y construire leur nid. De nombreux mondes couvent dans sa tête et elle les laisse éclore sur toutes les feuilles qui lui tombent sous la main : au dos des examens de mathématiques, au verso d’une lettre envoyée aux parents, entre les lignes d’une feuille d’exercices grammaticaux.

Les membres du jury du concours littéraire Sors de ta bulle! –Lise Blouin, Amélie Bibeau et Jean-Mari Marcotte – ont particulièrement apprécié la vraisemblance de la voix, le caractère fort et bien campé du narrateur ainsi que la grande crédibilité des personnages. À cet effet, ils nous ont avoué avoir été confondus lorsque le nom de la gagnante a été dévoilé : ils étaient tous convaincus qu’on leur révélerait le nom d’un gagnant! Ils ont souligné la « maturité de l’auteure pour avoir rendu, dans de menus détails, les nuances d’une relation, l’évolution des sentiments sur un thème tout de même audacieux. »

 

« - Qu’est-ce que tu fais?

- Je peins.

Il a installé son chevalet devant la fenêtre pour capter la lumière de l’aurore. Je me lève et marche jusque dans son dos.

Sur la toile : le difficile drapé du lit, les ombres bleu nuit et la projection des stores à demi ouverts contre le mur.

Sur la toile : une silhouette arquée, des paupières frissonnantes et le grain exagéré d’une peau pâle.

Sur la toile : une odeur d’intimité, une fenêtre sur un moment fugace.

Un portrait de moi. Dompté par le sommeil.

Un portrait de notre relation. Lovée entre les draps du secret. »

Cloche-Pied

À dix-sept ans, Maude Boivin-Ouellet sait déjà que le poème s’écrit et se réécrit, se lit à voix haute, bloc de marbre brut qu’on sculpte et qu’on sculpte encore. Qu’on cisèle et qu’on polit du premier au dernier mot. Applaudi par le jury de Sors de ta bulle! pour la force évocatrice des images et la cohérence des poèmes qui se font écho d’un bout à l’autre du recueil, Cloche-pied, lentement, révèle une histoire qui se tisse entre les silences, de texte en texte. Tantôt en prose poétique tantôt en vers libres, à coups d’instants décisifs, la plume de l’auteure distille les poèmes jusqu’à ne garder que l’essence de chacune des scènes. En toile de fond : les couleurs de l’amour et du deuil.

« les oreilles se taisent un peu plus que nos bouches

un souvenir mue doucement entre mes doigts

ça manipule, les histoires qu’on ne ferme pas »

Contre-temps

À dix-sept ans, Anne-Marie Duquette sait déjà qu’on peut suivre les mots dans leurs harmonies et leurs syncopes. Applaudi par le jury de Sors de ta bulle! pour la vivacité et le rythme enlevant de l’écriture, Contre-temps, un roman par fragments, tisse son histoire en contrepoints. Une histoire d’accouchement dans un supermarché, une histoire de familles éclatées. Avant, pendant et après, entre confidences et silences, des destins se croisent, se fuient et s’emboîtent. Comme des blocs dans un jeu de Tétris. Plusieurs voix se relaient pour raconter la vie autour d’Emma et loin d’Emma.

« Et puis voilà, après quelques bla-bla, on s’est retrouvés là, sur ta voiture, lorsque. On a fait comme tout le monde, on s’est pris la main en ayant la sensation d’être uniques, lorsque. Tes lèvres valsaient sur ton visage en créant une mélodie de mots qui font plaisir, lorsque. Je regardais tes yeux qui parlaient, tes yeux qui brillaient, tes yeux qui vivaient, lorsque. J’entendais les nah, nah, naaah, naah de Hey Jude en arrière-plan qui rythmaient mes pensées en 4/4 lorsque.

Lorsque.

Lorsque tu t’es tu.

Lorsque nous avons pensé, à l’unisson,

qu’on s’aimait bien.

Qu’on s’aimait. »

Princesse en culottes courtes

À quinze ans, Kiev Renaud a relooké des princesses; elle leur a enfilé des culottes courtes. Ça a donné un roman par nouvelles, applaudi par le jury du concours littéraire Sors de ta bulle! qui lui a décerné le 1er prix pour sa truculence, son ton grave et irrévérencieux, son caractère ludique. Avec une sensibilité étonnante, elle nous plonge dans des amours lilliputiennes, fait voyager ses personnages entre le drame et la poésie. Les histoires se télescopent, les mots s’impatientent et fuient au bas des pages. Parfois ils dansent à la corde ou s’en vont au bal. Mais ils n’oublient jamais de rentrer avant minuit.

« J’enroule la corde à danser autour de mon cou, je fais un tour puis deux puis trois et je tire je tire je tire. Les enfants crient, je leur fais des grimaces; les enfants hurlent; j’arrête de bouger; les surveillantes accourent, je tombe dans les pommes.

La première fois que j’ai essayé de me suicider, c’était jour de dictée. »

Jusqu’à te perdre

Une adolescente ne reconnaît plus sa mère depuis qu’elle s’est éprise d’un homme qui la domine. Ses signaux seront-ils entendus à temps? Trouvera-t-elle des appuis autour d’elle? « Plusieurs se reconnaîtront entre les lignes de ce roman inspiré de la réalité, dit l’auteure. Parce que l’histoire de Maude Juneau, c’est aussi celle de milliers de personnes qui vivent dans la peur de perdre un être cher à cause de l’alcool, à cause de la maladie ». L’auteure dénonce un monde individualiste où la souffrance se vit en silence dans une trop grande solitude.

Marie-Pier Couture est née à Sherbrooke en 1989. Elle a remporté le 1er prix du concours littéraire Sors de ta bulle! Elle avait seize ans lorsqu’elle a écrit ce roman. Elle est maintenant étudiante au collégial et souhaite se spécialiser en médecine vétérinaire. C’est une passionnée de sports, d’événements culturels et politiques. Elle adore les sciences et l’histoire, la littérature et l’écriture. Elle rêve de voyages et d’aventures. Et surtout d’un monde où régneraient enfin la paix et l’acceptation des différences.

Dans Jusqu’à te perdre, le jury a souligné l’efficacité des répétitions, le ton très juste des dialogues et des passages au JE, de même que le regard lucide et réaliste de l’auteure.  

Crâme-moi ça!

« Quand j’écris, avoue André Delisle, je me sens unifié, recentré. Les mots me permettent d’échapper au chaos, à l’éparpillement. Ils me ramènent à moi-même. »

Ses sources d’inspiration : la musique, le film expérimental et le quotidien. Attention! Ce jeune auteur pourrait vous vampiriser…

André Delisle est né à Sherbrooke en 1989. Il a remporté le 1er prix du concours littéraire Sors de ta bulle! grâce à ce recueil écrit à l’âge de quinze ans. Le jury a salué son approche surréaliste, son humour décapant et son cynisme.

Dans Allez, crâme-moi ça!, on se shoote aux feuilles de menthe, on caresse l’asphalte, les anges ont des ailes d’acier, les chansons sont muettes, l’avenir et les orgasmes sont pâles…

Descente dans un univers corrosif et surréel où les personnages n’ont qu’un souhait : échapper au néant.